Après deux semaines de rencontres au bureau, nous commençons les visites aux familles. Les journées sont alors partagées entre les visites et les rencontres avec les filleuls.

Ces visites sont pour nous un point primordial. Elles nous permettent de constater les conditions de vie des enfants, mais aussi de rentrer de façon plus intime dans leur vie.

C’est à l’occasion de ces visites que nous comprenons mieux la composition de la famille, que nous découvrons parfois la maladie d’un père ou d’une mère, l’absence d’un parent, les difficultés dont l’enfant ne nous a pas forcément parlé lors de notre rencontre au bureau.

Ces visites sont souvent ardues. Parfois 8 heures par jour à scooter, dans de petits chemins boueux, entre les marigots et les cocotiers. Il faut aller chercher les maisons, parfois très isolées, passer d’une famille à l’autre. Nous pouvons ainsi rencontrer plus de 25 familles dans une journée.

Rencontrer les enfants chez eux nous permet surtout de chercher des solutions aux problèmes que les familles rencontrent au quotidien.

Reconstruire des murs, refaire un toit, installer une porte, acheter un petit bureau, quelques tabourets, apporter des produits alimentaires en urgence, aborder les problèmes de santé des parents… Ce sont parfois de petites choses, mais qui peuvent changer un peu le quotidien d’une famille.

Pour ma part, chaque visite est éprouvante.

Comment ne pas être bouleversée par les conditions de vie de certains enfants ? Des maisons sans murs, qui ressemblent parfois plus à des étables qu’à des maisons. Des enfants laissés à eux-mêmes pendant la semaine. Des enfants qui veillent leur grand-mère mourante.

Et puis ce jeune garçon qui assiste à l’agonie de sa maman de 33 ans, atteinte d’une insuffisance rénale, et qui n’a pas les moyens de faire les dialyses dont elle aurait besoin.

Qui peut supporter la douleur et le chagrin que l’on peut lire dans les yeux de ces enfants ?

C’est un terrible sentiment d’impuissance. Quelque chose de dévastateur et de violent.

Mais il faut continuer, avancer, colmater, écouter, tenir la main et essayer de chercher des solutions. Là, ici, tout de suite. Faire ce que l’on peut avec les moyens que l’on a.

 

Chaque visite est une épreuve, mais à quoi cela servirait-il de simplement rencontrer l’enfant derrière un bureau ?

Si nous voulons réellement l’aider, il faut aller chez lui, voir, comprendre, écouter.

C’est difficile, parfois très difficile, mais c’est indispensable.

 


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